Cachets : combien dois-je prendre ?


Note de Mihrimah : cet article rédigé par Djamila peut être trouvé dans sa version originale sur le site www.bauchtanzinfo.de
Il a été traduit avec l'autorisation de Djamila.

Introduction
En 1989, lorsque j'appartenais encore aux "bébés" de la danse orientale, j'ai trouvé dans un festival le tout premier numéro du magazine Halima (note de Mihrimah : magazine de danse orientale très populaire en Allemagne), encore écrit à la machine à l'époque. Il y avait un article de Havva dont le titre était "Combien dois-je prendre ? - les cachets de 25 euros tuent le marché !". Je me souviens avoir eu du mal à croire ce qu'il était écrit dans cet article: on y indiquait que le cachet moyen était de 175 euros, et que lors des grands spectacles, ils pouvaient monter jusqu'à 400 euros. Incroyable ! Une danseuse gagnait donc tant d'argent pour une représentation ?

Comme on le voit, le thème n'est pas nouveau mais néanmoins toujours actuel. Bien sûr, mon avis à ce sujet a changé entre temps, car je suis maintenant danseuse depuis de nombreuses années et j'ai eu l'occasion de me produire dans beaucoup de fêtes privées et publiques. Lorsque je repense à mes débuts, et à mes cachets de l'époque, cela me fait sourire. J'aurais aimé que quelqu'un me conseille et me dise comment faire. C'est pourquoi j'espère que cet article aidera d'autres danseuses, en particulier celles qui débutent.

Combien dois-je prendre ?

Une question difficile, même pour les pros ! D'un côté on ne veux pas exiger trop (sinon on ne sera bientôt plus engagée nulle part), mais pas trop peu non plus (sinon on se retire le pain de la bouche...). Comment alors trouver un prix juste et réaliste ? Quels facteurs déterminent la hauteur du cachet ? Commençons pas le commencement :

Des coûts, des coûts, des coûts...

Combien dépensez-vous pour la danse ? Il y a d'abord les cours, puis les formations supplémentaires comme les stages, les costumes et les accessoires, la publicité (annonces, prospectus, cartes de visite...), la musique, les vidéos et DVD, les livres, les magazines, les vêtements pour l'entraînement, etc, etc, etc... Ca fait beaucoup ! Faites une liste pendant un an de tout ce que vous dépensez pour la danse pendant un an (attention : si vous êtes accros aux costumes et accessoires, vous allez avoir une crise cardiaque...).
Prenez également en compte le temps que vous utilisez pour l'entraînement, la préparation en général (couture des costumes, arrangement de la musique, gravure des CDs...) et la préparation particulière à chaque spectacle (prendre un bain, se maquiller, se préparer, faire sa valise...). N'oubliez pas que vous avez des frais de transport (bus /train/essence/taxi) !. Beaucoup de danseuses ont aussi un appareil à CDs portable et les CDs ou cassettes vierges ne sont pas gratuits.
On arrive rapidement à une somme considérable : lorsque vous réfléchissez à votre cachet, n'oubliez pas de comparer rentrées et sorties d'argent.

Hobby ou métier : pas assez pour vivre, trop pour mourir !

Avez-vous déjà réfléchi à ce qu'une danseuse professionnelle doit gagner pour avoir un salaire net correct ? Bien sûr, lorsque l'on regarde le salaire brut, cela peu paraître beaucoup comparé à un employé ou un ouvrier. Mais ce que beaucoup oublient : la danseuse pro (pro, au sens de "gagne sa vie uniquement par la danse") est indépendante et doit donc payer seule et à 100% la sécurité sociale, la retraite, l'assurance maladie. Rajoutez à cela les impôts et assurances diverses, cela fait de belles sommes d'argent qui partent : à la fin, il reste moins que ce que l'on pense. C'est pourquoi la plupart du temps, les danseuses professionnelles sont obligées d'accepter le plus d'engagements possibles et comme les prix du marché sont de toute façon bas, il est quasiment impossible de vivre uniquement de la danse. Pour la plupart, devenir enseignante est inévitable. Chacun devrait maintenant pouvoir comprendre ce que cela signifie pour une danseuse professionnelle lorsque les cachets sont tirés vers le bas par des danseuses amateurs : c'est leur retirer les bases de leur existence. Qui ne s'en offusquerait pas ?
On pourrait maintenant penser que les danseuses amateurs, qui ne doivent pas vivre de leur cachet, se montrent un peu plus difficiles dans le choix de leurs engagements. En réalité, ce sont justement elles qui tirent les prix vers le bas. Pourquoi ? Par manque d'argent ? Certainement pas, puisque pour elles, les cachets de danse orientale sont un bonus. Par ignorance ? Oui plutôt. Il est plus probable cependant que le plupart des femmes veulent la reconnaissance, les applaudissements qu'elles reçoivent lors d'une représentation. Et c'est la raison pour laquelle elles acceptent de danser pour presque rien. Est-ce qu'il ne serait pas mieux de faire de beaux spectacles bien payés, plutôt que quelques-uns mal payés ?
Et encore une chose à ne pas oublier : même lorsque l'on est danseuse amateur, l'état met la main sur les revenus...

Tirer les cachets vers le bas ou "comment me faire détester ?"

Le premier commandement est "tu ne prendras pas moins que tes concurrentes". Pourquoi ? Premièrement vous serez détestée rapidement par les autres danseuses de la région car vous non seulement vous poussez votre prix vers le bas, mais aussi tout le marché de la région. Deuxièmement, cela ne fait aucun bien à la réputation de la danse orientale car le professionalisme et l'art ne sont pas compatibles avec des prix ridicules. Au contraire, on pensera que la danse orientale c'est "juste remuer un peu les fesses".
Et même si vous pensez que cela vous est complètement égal, gardez ceci en tête : si vous prenez 20 euros de moins que la danseuse XY, il y aura bientôt une autre danseuse qui prendra 20 euros de moins que vous. Puis une autre prendra encore moins, puis une autre, puis une autre...
Encore une autre raison, pour laquelle il ne faut pas se vendre à bas prix : vous risquez d'être vraiment traitée comme une marchandise pas chère. Bien sûr, une danseuse qui danse pour peu d'argent n'est pas automatiquement plus mauvaise que celle qui prend 100 euros de plus. Cependant, ceci est un aspect des bons engagements que l'on ne doit pas négliger !

Les prix du marché

Si l'on ne veut pas se faire détester, il est donc sage de s'orienter par rapport aux prix du marché, c'est-à-dire par rapport aux cachets des autres danseuses de la région. Mais comment savoir ce que les autres prennent ?
La réponse est plus facile que ce que vous pensez : on peut demander à d'autres danseuses amies, leur expliquer la situation et demander gentiment et poliement ce qu'elles prennent dans ce cas. On évitera, bien entendu, de prendre la première annonce dans un journal, téléphoner à une collègue en lui disant "bonjour, je veux aussi être danseuse, combien tu prends ?". On peut aussi être subtile ! Vous connaissez peut-être une danseuse avec qui vous êtes en bonnes relations ? Une amie de votre cours danse déjà ? Et bien sûr, vous pouvez demander à votre prof ce qu'elle prend. N'ayez pas peur, personne ne vous tuera quand vous poserez la Question. Mais demandez quand même toujours à une personne que vous connaissez bien. Selon mon expérience, la plupart des danseuses ne rechignent pas à donner leurs prix et donnent une réponse honnête. D'autres trouvent cela absolument stupide d'entourer leurs cachets d'un brouillard de mystère. Car finalement, il suffit d'un coup de fil en se faisant passer pour un client pour le savoir (d'accord, ce n'est pas la méthode la plus subtile du monde, mais ça arrive...)

Mais alors, quel est le cachet moyen ??

Levons enfin le voile sur l'un des secrets les mieux gardés : selon mon expérience, la plupart des danseuses prennent entre 130 et 180 euros pour une représentation privée d'environ 20 minutes. Le cachet varie selon la ville /la région etc.
Il s'agit là d'une moyenne, il y a des régions où les prix commencent à 100 euros (les pauvres !) ou sont beaucoup plus hauts (les bienheureuses !)

Mais attention, ces prix sont pour une représentation privée dans les environs proches. Les shows en deux parties, pour toute la soirée, les représentations publiques ou les engagements dans des entreprises doivent faire l'objet d'estimations au cas par cas (comme toujours essayez de vous renseigner au maximum.). Last but not least : les shows à minuit ou pour le réveillons sont généralement beaucoup plus chers (de 50 à 100 % de plus que le prix normal).

Les débuts sont toujours difficiles

Vous pensez peut-être maintenant "et moi ? je ne suis qu'une débutante ! Je ne vais pas prendre autant qu'une pro ?!" Une danseuse m'a raconté un jour que lorsque des élèves viennent la voir et lui demande combien prendre, elle leur conseille de ne pas se vendre en-dessous de XY euros. Mais elle leur dit également qu'elle doivent danser si bien qu'elles valent le prix demandé ! Cela peut paraître dur, mais on arrive là au coeur du problème. Quoique vous fassiez, ne faites pas l'erreur de vous dire "je ne suis pas aussi bonne que les autres alors je prends moins". Vous vous ferez détester par les autres danseuses car vous tirez les prix vers le bas (ce qui finalement touche toutes les danseuses) et vous porterez dommage à la réputation de la danse orientale. Essayez plutôt d'agrandir vos connaissances et de faire vos premiers pas dans des cadres bien protégés. Moi-même j'ai fait mes premières expériences dans ma famille ou lors de fêtes dans des maisons de retraite ou des associations. Je n'ai pas demandé de cachet mais j'ai en revanche toujours précisé que j'étais débutante. Le gala de fin d'année de votre école est aussi une bonne occasion d'acquérir de l'expérience sur scène. Si vous croyez que vous n'êtes pas au niveau des autres danseuses de votre région (et orientez-vous à la meilleure !!! on trouve de plus mauvaises partout...), alors attendez. Vous pourrez commencer plus tard, lorsque votre danse vaudra le même prix que celle des autres.

D'autres moyens de comparaison

Vous pouvez demander à une agence quel cachet elle verse à ses artistes (attention cependant : comme les agences prennent une partie du cachet pour elle, celui-ci va être plus haut que la moyenne).
Regardez ce que font les autres : combien prend une danseuse de flamenco ou de claquettes ?

Lorsque vous avez répondu à toutes ces questions, vous saurez à peu près combien vous devez prendre. Nous en arrivons donc à la question : comment vais-je imposer mon prix ?

Conseils pour les négociations

Les demandes

L'heure de la vérité. Le téléphone sonne ; à l'autre bout du fil, un client. Il cherche une danseuse pour un anniversaire. Mon conseil : essayez d'abord d'en savoir plus sur cette fête. S'agit-il du 50ème anniversaire de l'oncle Charles dans le local de l'association des éleveurs de lapins ? Où est-ce le 70ème anniversaire de Mme Leblenc qui a mis de l'argent de côté pendant un an pour organiser une petite fête ? Ou est-ce qu'il s'agit du Dr Noble qui fête son anniversaire dans un hôtel 5-étoiles et qui peut donc se permettre plus financièrement ?
Il est évident que ce qui est bien trop cher pour l'un sera pour les autres absolument normal. Alors demandez d'abord poliement où, qui, dans quel cadre et combien d'invités. Lorsque l'on a les réponses, on peut en venir au prix : "Mon prix normal pour une représentation de ce type est de XY euros". Formulez cette phrase en affirmation, et pas en question, puis attendez un peu. Vous remarquerez à la réaction à l'autre bout du téléphone si vous avez visé juste. Il y a maintenant trois possibilités :

a) le client est d'accord avec votre prix et vous engage

b) l'interlocuteur vous dit gentiment qu'il va réfléchir et qu'il vous rappelera. En gros : vous êtes trop chère et dans 99% des cas, il ne vous rappelera pas

c) Vous remarquez que l'interlocuteur retient son souffle puis vient la phrase "c'est plus cher que ce que je pensait" et/ou "est-ce qu'on peut discuter le prix peut-être ?" Pour ce cas, il faut déjà avoit réfléchi à son prix minimum, celui en-dessous duquel vous ne descendrez pas et à quelques arguments justificatifs que vous pourrez à présent apporter à votre client potentiel.

Une remarque supplémentaire : n'oubliez jamais que votre interlocuteur est un client potentiel et qu'il a le droit que vous lui parliez sur un ton gentil et poli. Gardez en tête que votre interlocuteur a dû vaincre une certaine timidité pour vous appeler, car finalement, dans la plupart des cas, il ne vous connaît pas. Rendez-lui la tâche facile en soyant aimable avec lui !
Autre chose : ne cassez pas les autres danseuses : il n'y a rien de moins sérieux et professionnel. Je connais des danseuses à qui on a refusé des engagements car elles avaient insulté leurs collègues auprès d'un client.

Mais revenons à nos arguments et réponses:

"C'est bien cher tout ça"
"Je peux comprendre que vous trouvez le prix élevé. Mais je vous offre un très bon spectacle, alors j'ai les coûts qui en découlent. Par exemple mes costumes coûtent plus de XY euros pièce, j'ai investi beaucoup de temps et d'argent dans ma formation. C'est pourquoi je pense que je vaux mon prix"

"Tant que ça pour un quart d'heure de danse ?"
"Bien sûr, vous ne voyez qu'un quart d'heure, celui pendant lequel je danse pour le public. En réalité, ce ne sont pas ces minutes qui m'importe : le plus long, c'est la préparation. Je réfléchis à mon spectacle, le prépare pour chaque client individuellement, je m'entraîne et bien sûr je dois me maquiller, m'habiller etc, etc. Tout cela dure bien plus longtemps que le spectacle lui-même..."

"Mais je connais deux autres danseuses qui prennent moins"
"Oui, c'est possible. Mais vous savez, je connais la plupart de mes collègues ici et je sais combien elles prennent. Et si vous voulez une bonne danseuse, vous devez compter XXX euros, car c'est le prix du marché ici."

"Et pourquoi demandez-vous plus que les autres ?"
"Hm, vous savez, c'est comme pour les voitures. Il y en a de petites, pas chères, mais elles n'ont pas autant d'options. Puis il y a les berlines, et les limousines qui coûtent bien sûr plus cher, mais ont plus d'options. Cela ne veut pas dire que les petites voitures sont mauvaises : toutes les catégories de voitures remplissent leur fonction. Mais il y a des différences et vous devez savoir ce que vous voulez..."

"En fait, on veut juste un gag, et le public français n'y connaît rien de toute façon"
"Oh, vous savez, Je ne crois pas du tout. Les gens voient très bien si une danseuse est bonne ou pas. On ne peut pas vraiment dire comment et pourquoi mais la différence se voit tout de suite. Ce n'est pas seulement la technique mais le style général, le charisme, le contact avec le public..."

"On paie déjà tellement pour cette fête, on ne peut plus dépenser trop d'argent"
"Je peux comprendre. Mais justement, vous dites que vous avez déjà beaucoup dépensé pour cette fête, vous vous êtes sûrement donné beaucoup de mal pour tout organiser : ce serait dommage d'économiser sur le divertissement !"

Cas "spéciaux"

Entre amis

"Euh, Nicolas fête son anniversaire la semaine prochaine. Tu veux pas danser un peu ?" Comprendre : sans cachet, bien entendu. Si au début on est content de collecter une expérience de spectacle supplémentaire, il faut penser sur le long terme à l'attitude que l'on veut adopter envers les spectacles chez les amis.

a) Si l'on connaît bien la personne, que l'on a vraiment envie de danser pour elle, que l'ambiance est bonne, rien ne vous en empêche. Cependant, faites attention que ces spectacles gratuits ne deviennent pas une évidence, ou que vous ne deveniez pas l'attraction de base de toutes les fêtes (on se souvient : ce qui ne coûte rien ne vaut rien). Et quel avocat ou médecin consulterait gratuitement pendant une fête d'anniversaire ?

b) S' il s'agit d'un ami ou d'un membre de la famille lointain, n'hésitez pas à dire "Mon prix normal est XY euros, comme prix d'ami je te fais une réduction de XY euros. Ca te va ?". La plupart du temps ca marche, si l'on montre clairement sa bonne volonté.

Riche et célèbre ?

Il faudrait maintenant parler des spectacles à la télévision, ou dans des fêtes VIP etc. Si vous rêvez de cela, sachez que ce genre de représentations sont liées à une grande masse de travail et qu'il va vous falloir amener une grande dose de patience. Ne comptez pas sur un gros cachet - si tant est qu'il y en ait un... Si toutefois vous avez la chance d'être payée (et donc d'être respectée comme artiste !) réfléchissez quand même pour savoir si le cachet qu'on vous propose vaut la "célébrité" et les "relations" que vous aurez grâce à ce spectacle. Restez critiques !

Restaurants

Les restaurants sont un thème particulier. Le cachet y est généralement plus bas que dans les fêtes privées mais là aussi, les tarifs varient selon les villes et les régions. Travailler dans les restaurants a des avantages et des inconvénients. Des spectacles réguliers signifient plus ou moins un salaire régulier et on y gagne généralement un bon pourboire. On connaît le cadre, le restaurateur, les clients, ce qui permet de se sentir plus ou moins chez soi. De plus, les spectacles dans les restaurants on un bon effet publicitaire. Pensez cependant que lorsque vous dansez régulièrement, vous vous bloquez également régulièrement des dates pour d'autres spectacles, privés par exemple. La durée de la représentation (deux ou trois généralement) est plus longue que dans des fêtes privées et il faut plus de costumes, plus de musiques, plus d'efforts donc pour pouvoir offrir une certaine variété au public.
Cependant, malgré le niveau bas des prix, il y a toujours des danseuses qui arrivent à se faire bien payer. Comme toujours, il faut savoir se vendre. S'il y a plusieurs restaurants dans la région ou dans la ville, il est important de demander le même prix partout car premièrement les patrons se connaissent entre eux et deuxièmement, on finira par savoir que vous tenez dur comme fer à votre niveau de prix.
Il y a certainement plein de super restaurants et de patrons sympathiques avec lesquels on travaille bien. Mais la plupart essaient, surtout au début, de faire baisser les prix. Ce n'est pas forcément par méchanceté : tout cela est une question de budget, de dépenses et de coûts pour le restaurateur.
Jetons un coup d'oeil à quelques arguments qui reviennent lors des négociations :

"On fait un spectacle toutes les semaines, tu peux prendre moins quand même"
Ca je ne le croirai que quand j'aurais dansé quelques temps dans ce restaurant. Argumentation possible "Nous en reparlerons lorsque j'aurai dansé quelques fois ici" ou "Chaque semaine ? Je ne sais pas, j'ai un calendrier chargé pour les prochaines semaines..." ou "Chaque semaine la même danseuse ? C'est peut-être mieux de varier un peu ?" (montre que tu n'as pas de problème avec la concurrence)

"Tu auras beaucoup de pourboire chez nous !"
C'est possible, mais le pourboire est une récompense libre du public et n'a rien à voir avec le cachet. Argumentation possible : "Normalement cela n'a rien à voir avec le cachet mais nous pouvons en reparler lorsque j'aurai dansé ici quelques fois"

"On te fait une super pub"
Bon argument car la plupart du temps c'est vrai. Bon contre-argument : "bien sûr, mais moi aussi je vous fais de la pub dans mes cours / mes prospectus : nous voulons tous les deux que le restaurant soit plein n'est-ce pas ?"

"La danseuse XY prend beaucoup moins que toi !"
Attention à ce genre d'affirmation ! Avant de voir rouge et de vous mettre en colère contre la "pauvre cloche", essayez de voir si c'est la vérité ou si cette affirmation n'est pas née de l'imagination du patron. Argumentation possible : "Désolée, c'est mon prix pour les restaurants. Je prends la même chose partout, je ne peux pas faire d'exception."

"Je te donne la possibilité de danser à l'essai"
Bien essayé. Il y a des patrons qui font leur programme complet avec des danseuses à l'essai. On se demande ce que le restaurateur dirait si les clients venaient manger "à l'essai" pour savoir si la cuisine est bonne ! Argumentation possible : " Désolée, je n'ai pas le temps, Nous pouvons nous mettre d'accord sur un spectacle normal et si cela vous plaît, nous en rediscutons."

"C'est trop cher ! Je ne peux pas me le permettre !"
C'est compréhensible car certains restaurateurs vivent à la limite de la pauvreté. Si le restaurateur ne peut vraiment pas se le permettre, il vaut mieux qu'il laisse tomber l'idée (il est homme d'affaire et pas une association de charité !) ou ne proposer de la danse orientale qu'une fois par mois, pour que ce soit aussi quelque chose de vraiment spécial.

Malgré toutes ces embûches : si l'atmosphère est bonne, le public agréable, travailler dans un restaurant peut être un vrai plaisir. Et avec un peu de sens de la négociation et la confiance en soi nécessaire, rien ne devrait vous empêcher d'y arriver....

Le mot de la fin

Est-ce juste ?

Vous connaissez peut-être aussi cette situation : après un magnifique spectacles, vous êtes assise dans un fast-food et avalez votre menu lorsque soudain vous pensez que le pauvre garçon là, derrière le comptoir, doit travailler toute la soirée pour gagner un cinquième de ce que vous venez d'encaisser pour une représentation de 20 minutes. Avez-vous vraiment mérité cela ? Ou est-ce terriblement injuste ? Bien sûr, il y a une certaine injustice dans tout cela, mais cette "injustice" existe dans toute notre société. N'êtes-vous pas en train de retomber dans le "c'est beaucoup d'argent pour 15 minutes" dont nous avons parlé plus haut ? Chacun a sa chance, utilisez la vôtre !
Un autre argument : à quoi pensez-vous quand vous voyez les grandes stars ? Pensez à Fifi Abdo par exemple (qui, soit dit en passant, a donné beaucoup à des oeuvres de charité), vous dites-vous : "C'est vraiment injuste qu'elle gagne tant !". Non pas vraiment. Vous pensez plutôt : "Waouh, elle gagne tant que ça !" et admirez que les gens paient tant pour la voir danser.

Mythes et légendes

Pour finir, un mot critique. Certaines danseuses font de leur cachet un secret absolu. On entend des choses comme "je ne danse pas pour moins que XY euros (montant juteux)" ou "pour les fêtes privées je prends normalement XY euros (somme exhorbitante)". Et, alors qu'on fond d'admiration, une autre voix s'élève : "pourquoi ? quand tu danses dans un restaurant tu prends que le tiers ?"
Une danseuse dans un festival s'était plainte d'avoir dû annuler 4 fêtes privées mieux payées pour danser dans ce festival. Et là je me demande : pourquoi est-elle venue alors ????
Soyez prudentes et ne croyez pas tout ce que l'on vous dit...
On entend aussi parfois qu'une danseuse a demandé un prix à quatre chiffres et l'a aussi obtenu. Cela peut arriver, dans de grands événements et shows. Mais ce genre d'engagement n'est (malheureusement) pas la règle. Si quelqu'un a reçu un tel cachet, cela a sûrement ses raisons. Ne jalousez donc pas la danseuse pour son cachet ("elle ne méritait pas tant!!") mais réjouissez-vous que de tels engagements existent ! et faites votre possible pour qu'ils continuent d'exister !

Je souhaite à toutes mes collègues de beaux spectacles bien payés !